Le lendemain, j'ai décidé d'aller à la police porter plainte. Nous sommes donc allé avec I., subdirecteur de bE (et Bluefieldegno), et M. J'étais partie pour une demie-journée (au moins) d'attente et de passage dans différents bureaux mais c'était sans compter sur la présence d'I. qui connaît pas mal de monde ici dont le chef de la police à Bluefields et ça, forcément, ça aide. Résultat, à peine 10 minutes après être entrés, nous étions déjà en train de donner notre déposition à un policier qui écrivait sur une machine à écrire de l'après guerre.
Je n'ai pas pu prendre de photo mais l'endroit mérite une bonne description: le bureau des dépositions est partagé en plus petits bureaux avec des cloisons à hauteur d'homme style "open office". Chaque "box" est juste assez grand pour loger une table et une chaise. La table doit être de la taille d'un double format A3 au grand maximum et il ne faut pas être trop gros pour espérer pouvoir s'asseoir sur la chaise devant la table sans devoir pousser la cloison. Il y a une bonne demi douzaine de "box" comme ça dans le bureau. Sur chaque table, une machine à écrire, pas d'ordinateurs en vue. Vu que la machine à écrire n'est pas une top moderne de la dernière génération, elle prend tout l'espace de la table et il faut dont la lever et la mettre de coté pour pouvoir poser des papiers sur la table et les faire signer. Voilà pour la description physique des lieux.
Nous avons donc été donner notre déposition le matin puis nous sommes aller trouver un des témoins qui nous avaient dit la veille qu'il viendrait déposer si nous décidions de porter plainte. Il s'avère qu'I. connaît aussi cet homme là ce qui a de nouveau rendu les choses bien plus faciles et rapides.
Si rapides même que dans l'après midi la police nous appelait déjà pour nous demander de revenir au poste identifier l'homme qu'ils avaient arrêté sur les dires du témoin. Nous y sommes donc retournés, accompagnés cette fois aussi de S. qui n'avait pas encore fait sa déposition. A peine arrivés à la police, le policier qui avait pris notre déposition le matin commence à nous faire un sermon véhément sur notre manque de bon sens et la stupidité de se balader la nuit seules, il continue sur le même ton en nous disant que le mec qu'ils ont arrêté est un type dangereux qui aurait pu nous faire bien plus que nous voler comme nous couper la main, la gorge ou une oreille (dans cette ordre...). Après cette (nécessaire???) élocution quelque peu intimidante, il nous demande si on veut identifier l'homme et ouvre tout simplement la porte du bureau des déposition, où l'homme qu'il nous a décris comme très dangereux est juste là, assis sur une chaise bien sûr SANS menottes, sans rien.... Si ce n'était pas pour les drogues qu'il avait dans son sang et qui l'assommaient (a priori l'homme est un drogué), l'homme en question aurait très bien pu nous voir, graver nos visages dans sa mémoire.... on peut imaginer le pire, ou pas, c'était juste très loin de la vision des films et téléfilms où on vous demande d'identifier l'agresseur derrière un miroir sans teint avec une rassurante cloison entre vous et lui.
Mais le plus incroyable était encore à venir: le policier voyant S. lui demande de faire sa déposition. Elle est d'accord et donc il nous fait rentrer dans le bureau et prend sa déposition (qui inclue, nom complet, adresse, numéro de téléphone, numéro de passeport...) avec S. assise juste à coté de l'agresseur qui oscille sur sa chaise sous les effets des drogues. Pendant sa déposition, un autre policier arrive et commence à draguer ouvertement S.... Imaginez vous la scène, nous encore sous le choc du sermon du policier en train de faire une déposition en essayant d'oublier la présence du criminel juste à coté pendant qu'un policier fait des compliments à S. tout en lui demandant si elle est libre!
Enfin bref, la conclusion de la journée c'est que même si aucune de nous pouvons affirmer que l'homme arrêté par la police est bien un des 2 qui nous a attaqué, c'est un délinquant en moins dans les rues de Bluefields... La suite de l'histoire ce sera pour plus tard, quand le procès se fera. Comme je suis encore ici jusqu'à au moins octobre 2009, j'espère pour la justice du Nicaragua que le procès se fera avant et dans ce cas là je devrais aller témoigner...
C'est comme ça que pour un petit porte monnaie un jeune homme va passer un bon temps (bon dans le sens de long mais certainement pas d'agréable parce que je ne pense pas que la prison de Bluefields a quelconque ressemblance avec un camp de vacances ou même à une prison française) à l'ombre... c'est comme ça qu'on gagne une guerre? Personnellement oui parce qu'il va être puni pour le vol de mon porte monnaie. Pour la communauté, sachant que les services d'aides aux prisonniers, d'aide à la réinsertion ne sont encore qu'un rêve par ici, j'ai comme un doute.
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