C'est bientôt la fête national du Nicaragua (c'est le 15 septembre) et ici pour la fête national, c'est pas l'armée qui défile mais les fanfares des différentes écoles de Bluefields.
Imaginez-vous si des fanfares d'écoles défilaient au 14 juillet: chaque année vers septembre ou octobre, les écoles commenceraient à recruter des élèves pour la fanfare. Ensuite il y aurait un professeur ou directeur de fanfare qui se chargerait de l'organisation. Il y aurait aussi des entraînements réguliers genre une fois par semaine après les cours ou entre midi et 2 pour apprendre différentes musiques. L'école fournirait un local pour que la fanfare puisse s'entraîner et avec un peu de chance quelques instruments. Les instruments seraient variés incluant percussion, cordes peut-être mais surtout cuivres et n'importe qui pourrait jouer de n'importe quoi. Pour s'entraîner à marcher en rythme la fanfare irait sûrement marcher autour d'un terrain de foot. Il y aurait aussi un comité de parents pour l'uniforme, peut-être une aide aux parents ayant peu de moyens pour que leurs enfants puissent participer à la fanfare....
Imaginez vous tout ça et dites-vous qu'on est vraiment chanceux en France. Ici l'entraînement pour la marche du 15 septembre commence aux environs du 15 août faute de directeur de fanfare ou d'organisation digne de ce nom. Ici les fanfares sont composées d'élèves certes mais aussi de jeunes adultes travaillant ou de jeunes enfants dont la sœur ou le frère est dans la fanfare, n'importe qui du moment qu'ils peuvent payer leur uniforme et qu'ils peuvent se procurer un instrument. Ici il n'y a que des tambourins ou des grosses caisses, joués toujours par des garçons à ma connaissance, et des genres de xylophones, toujours joué par des filles (à ma connaissance aussi), pas de cuivres... Ici il n'y a pas de locaux pour les entraînements qui se font du coup dehors, après 17H pour que les gens qui travaillent puissent y assister. De là la mauvais qualité des photos de ce post, prise à la nuit tombante (il fait nuit noire à 18H ici). Ici pas de locaux ni de lumière en fait... si le besoin de clarté se fait ressentir pour les majorettes ou pour les joueuses de xylophones, la fanfare va jouer dans la rue même, ce qui lui permet en même temps de s'entraîner à la marche (mais qui peut s'avérer dangereux du fait des voitures...). Ici pas de comités pour les uniformes, ceux qui peuvent les payer rentrent dans les fanfares, les autres restent sur le côté... à les regarder passer.
Malgré (du fait de?) toutes ces difficultés, les gens s'enthousiasment pour les fanfares, les gens s'arrêtent dans la rue pour voir passer une fanfare en entraînement, les mamans parlent de leurs enfants dans telle ou telle fanfare avec fierté, ou bien commencent à économiser pour que leurs enfants puissent participer, peut-être, l'année prochaine... Une chose est sûr, tout le monde sera dimanche en centre ville pour voir passer le défilé, tout le monde sera là, au même endroit, au même moment, pour partager cette allégresse nationale et pour oublier au moins quelques heures les difficultés quotidiennes au rythme de la marche.
