Saturday, 23 February 2008

Apodos

Ces jours ci il me semble que la politesse, c'est quelque chose de culturel... Ici, c'est courant et tout à fait acceptable de siffler quelqu'un dans la rue. On peut l'interpeller à coup de « adios » (ils disent adios pour dire bonjour par ici, va comprendre) ou de « bye » pour les créoles, « gringos » ( pour des personnes venant des Etats-Unis mais ici pratiquement tous les gens blanc viennent de là-bas donc par extension, un blanc est généralement appelé gringo qu'il vienne ou non des USA), « chela » (blanche). Il faut dire que le filles se font en général plus interpeller que les mecs mais les Nicaraguayennes ne sont pas en reste niveau sifflement dans la rue. Pour rendre cela plus affectueux/mignon ou pour des personnes de petites tailles, le suffixe « ita » est souvent ajouté à la fin, cela donne « hola gringita » ou « adios chelita »....
Au début, c'est assez déstabilisant, je dois dire que je ne sais toujours pas bien si je dois répondre à des gens qui m'appellent mon amour dans la rue. Les locaux ont généralement du mal à comprendre notre étonnement à ce sujet... Ils ont aussi du mal à comprendre qu'on ne sifflerait JAMAIS au grand jamais un inconnu dans la rue même si c'était l'homme de nos rêves. Pour eux, c'est juste un compliment... En y réfléchissant, c'est vrai que si ça met mal à l'aise, attendez que plus personne dans la rue ne vous interpelle comme ça et cela vous déroutera encore plus... Après tout, si on le prend avec le sourire c'est plutôt bon pour la confiance en soit.
Les surnoms pour appeler une connaissance sont aussi quasi obligatoires et peuvent parfois paraître blessants pour un outsider. Ainsi appeler quelqu'un “gordito” (gordo voulant dire gros, le “ito” étant le suffixe affectueux marquant l'affection ou la petite taille) est tout à fait normal et accepté ici. Le surnom que j'ai reçu d'Ilormi, une des femmes qui nous fait la cuisine le midi et lave notre linge, c'est « chaparrita », au début j'aimais bien, ça sonnait bien... Puis un jour j'ai décidé de chercher ce que ça voulait dire dans un dictionnaire.... Résultat, « chaparra » signifie « boulotte » et bien que le « ita » se veut être un diminutif affectueux, ça fait bizarre de se dire qu'on vous appelle « boulotte »... Je me suis plainte gentiment pour qu'on me change mon surnom, mais tous les locaux m'ont affirmée que je ne devais pas m'en offusquer, que c'est juste affectueux.
J'ai reçu un autre surnom d'Allen, le chef de la communauté de Monkey Point qui se fait un point d'honneur à donner des surnoms à chaque volontaire de blueEnergy.... Pour moi il n'en avait pas trouvé jusqu'au jour de la soirée d'adieu de Rémi. Il était là pendant les préparatifs et il était là quand j'ai allumé le four.... Le four à gaz qui avait une fuite.... Il était là quand le four a explosé avec ma tête dedans (faut bien vérifier qu'il s'allume une fois qu'on lâche l'allumette dedans).... Bref, maintenant pour Allen je suis « la chica explosiva » or « explosiv girl » cela dépend s'il parle en espagnol ou en anglais créole.
De tous ces surnoms, je dois dire que celui que je préfère celui qu'on m'a donné en France, Choupette!

Saturday, 16 February 2008

(in)Sécurité à Bluefields

Vous m'auriez demandé en 2007 si Bluefields était une ville sûre, je vous aurais répondu que oui... A ma connaissance, aucun problème à signaler... Bon, il y a bien un mec qui s'est fait tuer à la machette dans notre quartier, mais bon, sûrement un règlement de compte. Personne de mon entourage n'avait vraiment été touché par l'"insécurité", vols dans la rue, vol de maison, bagarre, agression....
Vous me posez la question aujourd'hui, ma réponse serait sûrement différente. Depuis le début de l'année, une petite maison que blueEnergy utilise pour héberger quelques volontaires s'est fait cambrioler 3 fois.... oui vous lisez bien, 3 fois.... Ho, pas grand chose à chaque fois vu qu'il n'y avait de toutes façons pas grand chose à voler... La première fois, ça a d'ailleurs été plus du vandalisme, ils ont seulement pris des seaux, cassé le toit (c'est pas là qu'ils sont rentré) et fait caca dans la maison (dégueu!). La seconde fois, alors même que nous étions en train de mettre en place des éléments de protection, de nouveau des gens non invités sont venus et ont pris les cables de cuivre (le cuivre est une denrée rare et chère ici). La troisième fois, ils ont carrément arraché une barre de fer sur la fenêtre de la cuisine pour pouvoir ensuite casser la fenêtre et ouvrir la porte: tout ça pour un ventilateur....
A chaque fois, cela ne parait pas grand chose mais ça met un peu la pression quand même... On se dit que l'endroit n'est pas sûr, les volontaires qui y vivent se demandent s'ils peuvent vraiment y laisser leurs affaires...
Les locaux sont d'accord que le/les coupable(s) sont sûrement connus de la police et des gens du quartier mais qu'il n'y a rien à faire.... Ici il y a un manque de confiance total en la police et en la justice, c'est assez impressionnant.
Que faire alors si la police et la justice ne donne rien: se protéger.... La petite maison ressemble maintenant presque à une forteresse: du grillage en fer sur toutes les fenêtres en plus des gros barreaux en fer, des gros portillons en fer devant toutes les entrées de la maison, du fil barbelé au dessus du grillage qui entoure le "jardin" de la maison. Il y aussi des discussions sur un éventuel garde de nuit voir 24H/24 de la maison.
Autre protection apparemment indispensable: un chien... A la casa bE nous avons déjà Suzy mais il en faut un pour la petite maison... C'est chose faite maintenant, pour la petite maison nous avons Jaja, en photo ci-dessus... Bon pour le moment elle est tellement petite et mimi que c'est plus un autre item à voler qu'une protection mais dans 2 ou 3 mois, elle pourra déjà faire assez de bruit et impression pour maintenir les indésirables dans la rue.
Si vous vous demandez pour son nom... En espagnol le rire ne s'écrit pas hihihi ou hahaha mais jajaja... De là vient le nom de notre nouveau/futur chien de garde. Jaja!

Saturday, 9 February 2008

La vie à la casa bE


Une journée typique à la casa bE commence par le petit déjeuner.... Entre 6 et 9H vous avez toutes les chances de trouver des volontaires sur la table de la terrasse (notre table à manger) en face de quelques tartines de pain de coco grillées... Pina et Ilormi, les 2 femmes qui font le ménage et la cuisine du midi à la maison arrivent vers 8H. Petits échanges avec elles avant de commencer la journée pour de bon... certains restent dans les bureaux de la casa bE pour travailler, taper des rapports, des demandes de fond, faire la compta... D'autres partent pour l'atelier....
Tout le monde est de retour à la maison à midi pour le déjeuner, cela inclut les ouvriers. Ils ont un heure de pause pour ce repas. Nous sommes une bonne vingtaine à manger ici, la table ne suffit généralement pas. Au menu, tous les jours du riz à l'exception des jours où Pina et Ilormi nous cuisinent des pâtes à la viande hachée (généralement le samedi midi) ou de l'Indio Viejo (plat à base de fécule de maïs, ça ressemble un peu à la polenta). Avec le riz, généralement un peu de viande en ragout (à grand renfort de bouillon cube), du poisson frit ou parfois de la soupe. Pour accompagner: des frijoles la plupart du temps, des bananes plantains plus ou moins matures, de la salade de crudité (de choux râpé avec tomates ou concombres). On a aussi parfois de la salade de pomme de terre ou de la purée pour accompagner le riz.... et oui, ici les féculents sont la BASE de la nourriture. Pas de pain par contre, ni de desserts et encore moins de fromages.
Après déjeuner, les activités oscillent entre sieste et/ou café puis retour au boulot. C'est aussi un des meilleurs moment pour communiquer avec les gens en Europe donc skype marche pas mal à cette heure là.
Pendant la journée, Miguel (8ans) et Luis (12ans), les enfants de Pina, sont souvent à la maison car ils n'ont école que 3H par jour (et oui, l'éducation ici ce n'est pas vraiment au top). Ils veulent la plupart du temps jouer à des jeux vidéo sur la console du salon ou sur un ordi du bureau... Pendant un moment ils passaient leur vie devant un écran à se ramollir le cerveau devant des jeux au choix hyper violents ou sans queue ni tête. Nous avons mis le haut là. Ils n'ont le droit à jouer à la console que le samedi maintenant et une seule heure de jeux sur ordinateur par jour. Le reste du temps, ils jouent avec les chiens, chez la voisine, ou avec d'autres enfants du quartier dans la rue. Les enfants du quartier viennent assez souvent aussi à la maison, profiter des luxes qu'ils n'ont pas chez eux comme des cahiers de coloriages, des crayons de couleur, du papier blanc pour dessiner, des personnes qui s'occupent ne serait-ce qu'un peu d'eux. Pour occuper les enfants, les volontaires sont très souvent mis à contribution... l'idée est de leur trouver quelque chose à faire de créatif et qu'ils puissent faire seul quand on doit retourner travailler.... c'est pas facile tous les jours de trouver des idées...
Vers 16H, la maison redevient calme, Pina et Ilormi sont parties, les enfants aussi et les volontaires sont les seuls présents.
A partir de 17H30 il y a du mouvement, certains volontaires vont se changer en manches longues/pantalon long malgré la température pour échapper aux moustiques. D'autres commencent la cuisine (ça demande pas mal de préparation vu qu'on est une bonne dizaine en ce moment plus un ou 2 invités). D'autres encore vont préférer jouer à la console, écouter de la musique ou aller chercher des bières ou du rhum pour le plus grand plaisir de la communauté...
Le repas du soir, c'est entre 19H et 21H qu'il commence généralement, suivant la cuisine entreprise. Idéalement, nous essayons de parler espagnol ou anglais pour que tout le monde comprenne et puisse participer à la conversation. Malheureusement pour Sarah, la volontaire anglaise, avec 9 volontaires français sur les 10 présents, c'est un peu dur de bannir à 100% le français... disons qu'elle a appris pas mal de français depuis qu'elle est là...
Après le repas, certains restent à papoter dehors, d'autres retournent à leurs ordis, d'autres regardent des séries comme Prison Break qui fait un malheur à la casa bE.... Puis c'est bonne nuit les petits... une autre journée nous attend demain...